Merci Eric d’avoir pris le temps de mettre des mots sur ton expérience de jeûne.
Merci pour ce très beau retour à la fois personnel et universel qui devrait faire écho chez tous ceux qui ont jeûné et peut-être interpeller ceux qui n’ont pas encore tenté l’expérience.

INTRODUCTION
Il y a des voyages qui se font vers le haut. D’autres vers le dedans.
Après Le Corps qui Marche, j’ai voulu explorer un autre sentier. Non pas celui des cimes, mais celui du creux. Une descente volontaire vers ce lieu singulier qu’on appelle le jeûne. Dix jours sans manger. Cinq de préparation, cinq de randonnée allégée. Et au milieu, une expérience : celle de mon corps qui, peu à peu, a cessé de dépendre, pour recommencer à écouter.
Ce carnet est le récit de cette traversée.
Pas un manuel. Encore moins une performance. Plutôt une exploration sensorielle et poétique. Une manière de dire : « Voici ce qui se passe quand on fait moins. Quand on mange moins. Quand on pense moins. »
Je n’ai pas cherché à maigrir. J’ai cherché à me dépouiller. J’ai laissé le trop-plein derrière. Et dans le creux, j’ai trouvé autre chose : des sensations fines, des liens invisibles, une joie sans sucre.
Dans ces pages, tu trouveras cinq chapitres. Cinq temps du corps. Cinq manières d’habiter le silence.
Je t’invite à les lire comme on écoute une respiration. Sans hâte. Avec bienveillance. Peut-être avec un verre d’eau chaude.
Bienvenue dans Le Corps qui Jeûne,
CHAPITRE 1 — LE CORPS QUI SE SOUVIENT
« Tu vas vraiment ne rien manger ? » m’avait-on demandé, incrédule, la veille de mon départ.
Et moi, fort de mes grandes résolutions, j’avais répondu : « Oui. Enfin… presque rien. Peut-être une tisane. »
Ça avait suffit pour jeter un silence sur la table. Dans un monde où l’on parle alimentation comme on parle politique ou football, dire qu’on part jeûner relève de l’étrange. Et pourtant, ce fut là le début du voyage : non pas dans les montagnes, mais dans les regards.
Il faut dire que notre époque aime l’urgence. Elle carbure au snack, au drive, au petit creux compensé en 12 secondes chrono. Dans ce contexte, le jeûne fait tâche. Il ralentit. Il creuse. Il questionne l’habitude du plein. Et il réveille quelque chose de bien plus profond : une mémoire. Car non, ce n’est pas une lubie bio ou une dérivation du yoga marketing. Le jeûne est vieux comme l’espèce. C’est une réminiscence biologique. Et ce chapitre est dédié à cela : au corps qui, quand on le laisse tranquille, se souvient de comment vivre sans manger.
Imaginez Homo sapiens, 40 000 ans avant Uber Eats. Il court après un lièvre, grimpe pour cueillir quelques baies, déterre une racine coriace. Et souvent, il rentre bredouille. Pas de frigo. Pas de collation. Pas de frigo à collation.
Et pourtant, il ne meurt pas. Il ralentit, réduit ses mouvements, mais reste vif. Son cerveau tourne. Son corps déstocke. Il entre en mode « économie adaptative ». Et c’est justement ce mécanisme qui est toujours là, en nous, comme une application oubliée mais prête à redémarrer.
Je me suis souvent demandé si mon foie savait encore faire tout ça. Le premier matin du stage, pendant que les autres buvaient leur bouillon avec la solennité d’un office du matin, j’imaginais mes cellules dire :
— « Quoi ? Plus de glucose ? Il nous fait une blague, là ? »
Et pourtant non. Pas de panique. Le foie s’y met, la cétose s’installe, et le miracle commence : on survit. Mieux : on s’éclaire.
Les deux premiers jours, bien sûr, on n’est pas encore éclairé. On est surtout agacé. Le corps cherche. Il demande son café, son toast. Il a la nostalgie du beurre fondant et du muesli aux fruits rouges. Le cerveau, lui, s’agite comme un chat privé de laser.
Et puis… à partir du troisième jour, les choses changent. C’est imperceptible, mais c’est réel. Le corps entre en silence. Comme si une pièce bruyante se vidait doucement. Plus d’urgence. Plus de compulsion. Une accalmie organique.
J’ai marché ces jours-là dans un état très particulier : mi-brume, mi-lucidité. Comme si je flottais un peu au-dessus de moi. Pas de vertige. Plutôt un décollement du quotidien.
Et dans cette légèreté : des réponses.
Là est le paradoxe : en privant le corps, on lui rend sa liberté. Il n’est plus sous l’emprise du « il faut que je mange ». Il devient stratège, sobre, souverain. Il trie, recycle, adapte. Il active des gènes dormants. Il nettoie les vieux débris cellulaires. Il bricole de la santé avec du vide. Et il le fait bien. Alors oui, je l’admets : j’ai été impressionné par moi-même. Pas narcissiquement. Physiologiquement. Ce corps que je croyais fragile, il était juste saturé. À force de lui donner trop, je l’avais étouffé. Le silence métabolique fut son grand nettoyage de printemps.
À travers les jours, on sent que cette expérience n’est pas nouvelle. Elle est ancienne. Elle porte une sagesse. Les religions l’avaient compris, en en faisant un rite. Les animaux le savent, en cessant de manger quand ils sont malades.
Pourquoi l’aurions-nous oublié ? Sans doute parce qu’on nous a appris à craindre le vide, le creux, le ralentissement. Mais le corps, lui, n’a pas oublié. Il a simplement attendu qu’on l’écoute. Et alors, il se souvient.
Il se souvient qu’il est adaptatif. Qu’il peut fonctionner autrement. Qu’il a une mémoire paléolithique bien rangée au fond de ses mitochondries. Et quand on débranche la modernité de l’intestin, cette mémoire remonte.
Ce chapitre n’est pas un manuel. C’est une révélation : nous sommes faits pour jeûner. Pas tout le temps, pas dans l’excès, mais dans la conscience.
Et si le premier luxe contemporain était l’allégement ?
Je ne dis pas qu’il faut arrêter de manger. Mais peut-être, parfois, désirer le jeûne comme on désire une marche : non pour fuir, mais pour revenir à soi.
Et ce jour-là, entre deux gorgées de bouillon, peut-être sentirez-vous comme moi la douce rumeur du corps qui dit : « Ah, tu te souviens enfin. »
CHAPITRE 2 — LE CORPS QUI S’ÉCLAIRE
Le deuxième matin, j’ai rêvé que je déjeunais une tartine de pain grillé avec du beurre salé. Un truc simple, ancestral, croquant. Je la sentais dans ma bouche, le croustillant, le tiède, la douceur salée. Puis je me suis réveillé. Rien. Juste une tisane. Et, à ma grande surprise, un sentiment de calme plutôt qu’une frustration.
C’était déjà ça : le corps entrait dans sa seconde phase. Celle où il arrête de gémir pour se mettre à composer. Il passe du manque à la mécanique. Et moi, simple locataire de ce vaisseau biochimique, j’assistais au changement de moteur.
Le premier jour est une sorte de syndicat des envies contrariées. Le second, un congrès des frustrations sous calmant. Mais au troisième jour, à la faveur d’une promenade silencieuse, quelque chose déclic. Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas mystique. C’est juste… paisible. Le foie s’y met. Il recycle. Il déstocke. Il produit des petites molécules appelées « corps cétoniques », sortes de mini-carburants faits maison. Le cerveau, qui d’ordinaire carbure au sucre comme un ado au soda, accepte le deal. Il s’éclaire autrement.
Ce n’est pas une illumination. Plutôt une dépolarisation. On pense moins vite, mais mieux. On ressent plus fort, mais sans écart. La pensée devient comme une marche lente dans la brume, où chaque pas est posé.
Physiologiquement, c’est génial. Le rythme cardiaque se pose. La tension se normalise. Le système digestif dort. L’autophagie s’active – ce processus magique par lequel les cellules se nettoient toutes seules, comme un ménage de printemps intracellulaire.
Pendant ce temps, moi, je buvais ma tisane au fenouil en contemplant un rocher. Le rocher ne faisait rien. Moi non plus. Nous étions deux formes de présence calme.
Et c’est sans doute à ce moment-là que j’ai compris que je ne faisais plus rien pour tenir. Je tenais, naturellement. Mon corps n’était pas en souffrance. Il était en économie douce.
Alors bien sûr, il y a des ratés. Un matin, j’ai eu une légère nausée. Une autre fois, une fatigue vaporeuse m’a cloué sur un coussin pendant une méditation que je n’ai pas vraiment suivie. Mais rien de grave. Mon corps envoyait des signaux, et moi je répondais : « Je t’ai entendu. On ralentit encore. »
Ce dialogue nouveau m’a fasciné. D’habitude, le corps se plaint et on le fait taire. Là, il parlait doucement, et j’écoutais. C’est peut-être ça, l’écologie interne.
Et le mental, dans tout ça ? Eh bien il se calme aussi. Les pensées se raréfient, comme des oiseaux qui cessent de piailler à la tombée du jour. Il reste un fond de rumeur, bien sûr, mais on cesse d’y adhérer.
On commence à penser en marche, en respiration, en images. Le monde extérieur pénètre plus lentement. On voit la mousse sur une pierre, le détail des nervures d’une feuille, le rythme des pas de quelqu’un qu’on n’entendait pas avant.
Je n’étais pas devenu un moine. Juste un peu moins bavard dedans. Et c’est déjà un sacret soulagement.
Il n’y a pas eu de révélation. Juste un soir, en rentrant d’une balade, j’ai pensé : « Je n’ai pas eu faim de la journée. » Pas envie, pas obsession. Juste… rien.
Et ce rien était plein. Plein de perceptions fines, d’idées tranquilles, de sensations claires. Mon corps n’était pas vide. Il était libre.
Libre du sucre, des habitudes, des cycles d’urgence. Libre de penser lentement. Libre de choisir quand remettre quelque chose en bouche.
Je ne dirai pas que c’était facile. Mais c’était simple. Et dans ce monde saturé de recettes compliquées, la simplicité a quelque chose de révolutionnaire.
Je n’avais pas perdu que du poids. J’avais perdu du bruit.
Et j’avais gagné un espace : un territoire corporel qui s’éclaire, comme une pièce qu’on croyait encombrée et qui, soudain, respire.
Je crois que c’est ça, le plus grand effet du jeûne : il rend au corps sa lumière propre.
CHAPITRE 3 — LE CORPS QUI RENCONTRE
Le jeûne, je l’avais imaginé comme une expérience solitaire. Un genre de retraite personnelle entre soi, ses organes, et deux ou trois hallucinations sucrées.
Mais très vite, dans le cadre du stage, j’ai compris : on ne jeûne jamais seul. Même quand on se tait, même quand on s’éloigne, il y a cette chose discrète et essentielle : les autres. Ils sont là. Ils vivent la même traversée, chacun avec sa courbe, sa manière de frissonner, ses silences et ses bouillons.
Au deuxième jour, nos pas avaient déjà changé de rythme. On marchait plus lentement. Certains traînaient les pieds, d’autres semblaient planer à dix centimètres du sol.
Ce n’était pas triste. C’était… accordé. Comme si le corps collectif trouvait une nouvelle tonalité. Et dans cette lenteur assumée, nos visages devenaient transparents.
On ne se cachait plus derrière un « ça va ? » automatique. On ne remplissait plus les creux avec des gâteaux ni les blancs avec des anecdotes. Le silence était désormais un langage. Et c’était doux.
Je me souviens d’une main posée sur une épaule, d’un foulard tendu avant même que le vent ne pique. Des petits gestes, invisibles si on les regarde avec des yeux pressés, mais immenses si on les perçoit avec le ventre vide.
Le jeûne ouvre cette porte-là : on devient poreux. On sent les fréquences de l’autre. Pas besoin de parler. Il suffit d’être là, entièrement. Et cette entièreté, dans un monde qui nous découpe en agendas et en postures, a quelque chose d’inestimable.
Le soir, les cercles de parole nous rassemblaient. Chacun disait une chose ou restait muet. Et ce n’était jamais forcé. Parler devenait une offrande. Écouter, une forme d’honnêteté.
Un jour, quelqu’un a dit : « Je me sens fragile et solide à la fois. »
Tout le monde a compris. Ce paradoxe était devenu notre langue commune. Fragiles, oui. Mais solides d’être là, ensemble, sans fards, sans calories de secours, juste la peau, la voix, le souffle.
J’ai croisé dans ce groupe des êtres inattendus. Un grand costaud qui avait peur de s’évanouir. Une toute fine qui riait comme une source. Une dame qui portait le silence comme un châle.
Chacun venait avec son histoire, son passé alimentaire, ses blessures et ses croyances. Et puis on avait tout laissé à la porte : les statuts, les masques, même les prénoms parfois. Il restait les regards, les postures, la manière d’écouter. Et c’était suffisant.
J’ai compris que le jeûne, paradoxalement, nourrit le lien. Car sans manger, on devient plus disponible. On ne partage plus des plats. On partage des absences. Et cela, ça crée une forme de fraternité qu’aucun buffet ne saura imiter.
Ce troisième jour du jeûne m’a enseigné ceci : quand le corps se vide, la présence se remplit. On cesse d’être des consommateurs pour redevenir des vivants.
Et dans cette humanité épurée, le lien se tisse autrement : non plus sur le plaisir immédiat, mais sur la confiance nue.
Je pensais venir jeûner pour moi. Mais c’est ensemble que nous avons respiré. Ensemble que nous avons veillé. Et ensemble que, sans le dire, nous avons redécouvert une manière d’être vivants parmi les vivants.
CHAPITRE 4 — LE CORPS QUI REPREND
Le dernier matin du jeûne, j’ai eu une pensée étrange : j’avais peur de manger.
Ce n’était pas la peur du symptôme. C’était une forme de respect. Comme si je m’apprêtais à briser un silence sacré avec la fourchette d’un enfant impatient. Mon corps, jusqu’alors calme et limpide, allait devoir se remettre à travailler. À digérer. À choisir. À composer.
La première bouchée fut donc une cérémonie. Une carotte vapeur. Tiède. Fondante. Sans sel. Et j’ai mastiquer comme si je décodais un poème.
Reprendre l’alimentation, ce n’est pas remettre la machine en marche. C’est l’invoquer doucement, comme on réveille un chat qui dort au soleil. Chaque aliment devient un message : « Bonjour, je suis une fibre, accepte-moi doucement. »
Et le corps, encore timide, hoche la tête. Il reprend du transit. Il relance des sucs. Il réveille les papilles.
Mais il n’oublie pas ce qu’il vient de vivre : le silence, la sobriété, la précision. Alors on avance avec lui, un aliment à la fois. Comme on réapprend à marcher après avoir volé.
J’ai pensé à mon microbiote comme à un jardin qu’on aurait laissé en jachère. Les herbes folles ont poussé, mais les graines anciennes dorment encore. Et voilà qu’on y remet une semence : une fibre, une graine germée, un soupçon d’huile crue.
Tout peut repartir. Mais tout est fragile.
Le corps en reprise, c’est une terre féconde mais vulnérable. On peut y planter des forêts ou des décharges. Cela dépend de notre vigilance.
Et j’avoue : cette vigilance-là, je l’avais oubliée. Manger était devenu un acte rapide, parfois automatique. Là, il redevenait un choix. Un engagement.
Pendant les jours qui suivirent, chaque repas fut une composition. Il ne s’agissait pas de diète, ni de règle. Il s’agissait d’écoute. Manger ce qui appelle. Ne pas se jeter. Sentir.
Un matin, je me suis surpris à humer une pomme pendant trois longues secondes avant de la croquer. Elle me regardait. Je la regardais. Puis j’ai croqué. Et ce croquant-là était le plus beau bruit du monde.
Reprendre, c’est aussi choisir quoi garder du jeûne. Le silence ? La lenteur ? Le respect ? Le lien aux aliments ?
J’ai commencé à noter mes envies : cuisiner simple, mastiquer plus, manger seul parfois, ou juste en musique douce. Ne plus remplir l’assiette par peur du vide. Offrir de l’espace à mes repas comme on offre du silence à une conversation.
Et surtout : ne plus culpabiliser. Le corps, je le sens, est indulgent. Il veut bien apprendre. Il demande juste qu’on le traite comme un compagnon, pas comme un conteneur.
Reprendre, ce n’est pas finir. C’est recommencer autrement.
Le jeûne m’avait allégé. La reprise m’a redonné forme. Ensemble, ils ont composé une nouvelle version de moi : un moi qui sait se taire et s’écouter, même entre deux bouchées.
Et si la faim revenait demain, je saurais que je peux y entrer sans peur. Car mon corps, lui, se souvient. Et il m’attendra, calmement, comme un jardin au matin.
CHAPITRE 5 — LE CORPS QUI TRANSMET
Un matin, une fois rentré chez moi, j’ai ouvert le frigo, vide. Et pour la première fois, ce vide m’a fait sourire.
Je ne me suis pas rué au supermarché. J’ai bu de l’eau tiède au citron. J’ai regardé par la fenêtre. Et j’ai su que le jeûne n’était pas terminé. Il avait juste changé de forme.
Il était devenu une manière de voir. De respirer. D’attendre.
Dans mon corps, il restait ce petit silence. Cette pause entre deux envies. Ce souffle qui dit : « Tu peux attendre. Tu peux choisir. »
Et dans le monde, il y avait toujours autant d’agitation. Les pubs pour les yaourts hyperprots. Les conseils pour manger toutes les deux heures. Les alertes sur les carences.
Mais moi, j’avais goûté autre chose. Une façon de vivre sans rattraper. Une manière de rester vide sans peur.
Je ne parle pas de devenir ascète. Ni de répéter l’expérience en boucle. Je parle d’intégrer ce que le jeûne enseigne : la sobriété joyeuse, la frugalité d’attention, l’humilité du besoin.
Parfois je saute un repas, et je me dis : « Tiens, mon corps sait faire sans. » Parfois je mange, et je me dis : « Tiens, je le fais avec gratitude. »
Et entre les deux, il y a cette intelligence tranquille que le jeûne a réveillé. Ce tissage fin entre choix, sensation, et contentement.
Depuis, je ne prêche pas. Je ne convertis pas. Je témoigne, parfois, avec un clin d’œil. Un ami m’a dit un jour : « Tu manges moins qu’avant, mais t’es plus vivant. »
J’ai ri. Il avait raison. Le corps n’est pas un puits à remplir. C’est une flamme à nourrir. Alors je cuisine. Simple. Je partage. Sobre. Et parfois, je me tais. Et on comprend. Le jeûne a laissé en moi un sillage. Il ne brille pas. Il trace. Il me relie.
Ce dernier chapitre n’est pas une fin. C’est un passage. Le corps, après le silence, parle autrement. Il ne réclame plus. Il propose.
Et dans ce monde qui pousse à consommer, à combler, à accumuler, je me tiens parfois au bord, avec mon bol de bouillon imaginaire, et je me dis :
« Et si, aujourd’hui, je nourrissais juste ce qui compte ? »
CONCLUSION
Il y a dans chaque silence une gratitude. Et dans chaque jeûne, un merci.
Merci au vide, d’avoir laissé passer la lumière. Merci au corps, d’avoir tenu avec douceur. Merci à la faim, d’avoir reculé sans drame. Et merci à cette expérience, d’avoir été si pleine.
Mais surtout, merci à ceux qui ont rendu ce voyage possible.
À Sandrine, pour sa bienveillance paisible, son art du cadre, ses silences porteurs. À Laurent, pour sa parole juste, sa présence claire, et son intelligence du corps vivant.
Et puis aux compagnons de jeûne : Henri, Sophie, Philippe, Vanessa, Thierry, Mina, Fatia, Claire, Carole, Huguette, Eymeric, Marie et Martine.
Chacun, par sa manière d’être là, a contribué à ce que ce stage devienne un véritable lieu de métamorphose. Ensemble, nous avons jeûné. Ensemble, nous avons marché. Ensemble, nous avons respiré un peu plus large.
Ce carnet est aussi le reflet de cette alliance éphémère mais forte. Une fraternité silencieuse qui m’accompagnera bien au-delà du dernier bouillon.
Merci pour cela.
Et que le jeûne, en chacun de nous, continue d’ouvrir de nouveaux espaces de vie.